Hypothèses concernant le commerce maritime et les guildes d’armateurs ...
Le titre complet de cette page est « Hypothèses
concernant le commerce maritime et les guildes d’armateurs
de Tunisie … et d’ailleurs ».
Nous développons ici, non une seule hypothèse, mais un
faisceau d’hypothèses issues d’une réflexion qui a débuté
bien avant nos recherches sur la Tunisie, lorsque nous avons
cherché des renseignements concernant Venise, la Vénétie et
les Vénètes.
Les Vénètes : un ? ou
plusieurs peuples ?
Nous savions, pour l’avoir étudié auparavant, qu’il existait
une autre région d’Europe ayant accueilli des Vénètes : le
Vannetais, en Armorique. Des sites Internet comme Wikipédia
ou humanhistory.fr (lire la page de ce site intitulée « Les Vénètes –
reconstitution du grand melting-pot de l’humanité »)
nous on permis d’en savoir davantage sue ce peuple. Ou ces
peuples ? Car la question principale est de savoir s’il
s’agit d’un seul peuple ou de plusieurs, caractérisées par
la même homonymie.
Extrait du texte de humanhistory.fr : «
Un certain nombre d'indices montrent qu'il s'agissait
d'une même population ayant migré par voie terrestre ou
maritime à partir de la mer Noire jusqu'aux plaines
d'Europe Centrale dans le bassin de la Vistule, en Europe
du Nord en Baltique, ainsi que jusqu'au fond de
l'Adriatique (Venise) et en Armorique (Bretagne Sud).
Ainsi, en particulier, il existe une maladie cardiaque
rare, d'origine génétique autosomique, dont les zones de
répartition et de forte prévalence recoupent fidèlement
celles où les Vénètes de l'Antiquité étaient installés, ce
qui fait d'eux un possible vecteur de dissémination. ».
Nous ne sommes pas convaincus par l’argumentation d’une même
origine génétique appuyée par la découverte d’une maladie
cardiaque rare. Elle n’explique pas la forte dispersion
géographique sur un petit nombre d’endroits (on s’attendrait
à ce qu’il y ait une sorte d’épicentre de la répartition
(voir ci-dessous) et une possible dispersion temporelle).
Il y aurait donc plusieurs localisations en Europe de
peuples dénommés « Vénètes » :
– Les Hénètes d'Asie
Mineure qui auraient peuplé la Paphlagonie, région
montagneuse située au Nord de l’Anatolie, en bordure
d’Europe centrale.
– Les Wendes d’Europe
centrale : («
Les Hénètes auraient remonté depuis la mer Noire le cours
du Danube et des autres fleuves d’Europe Centrale, dont la
Vistule, sur les rives de laquelle ils se sont établis, à
la recherche de nouvelles routes commerciales. Leurs
descendants seraient les Wendes d’Europe Centrale, décrits
par les peuples germaniques, leurs voisins occidentaux.
»).
– Les Vénètes de
l’Adriatique : (« Selon
Virgile dans l’Énéide, sept a huit siècles après les
textes homériques, les Hénètes auraient été en contact
avec les peuples de Macédoine, de Sicile, puis avec les
Carthaginois, au cours de leur expansion maritime.
{...]
Peut-être
ont-ils reçu dans leurs pérégrinations l’aide des
Phéniciens qui, eux, avaient déjà établi de nombreux
comptoirs en Méditerranée, pour se déplacer jusque sur les
côtes d’Italie. Les relations entre les Phéniciens et les
Hénètes sont attestées par la similitude frappante qui
existe entre leurs alphabets. Chypre, l’île du cuivre, a
sans doute été, dès l’Âge du Bronze, un point de rencontre
important entre les deux peuples. {...] La
langue vénète est attestée par plus de deux-cent-cinquante
inscriptions remontant au Ve ou au VIe
siècle avant J.-C. et retrouvées sur les sites des
cinquante cités de la Vénétie antique. Puis elle disparaît
au Ier siècle avant J.-C., à l'époque de
l'assimilation aux Latins »).
– Les Vénètes d'Armorique
: « La
présence des Vénètes sur le sol de l’actuel pays
morbihannais est attestée dès le début du premier
millénaire avant notre ère. {...] >Les
Vénètes semblent avoir eu un rôle clé dans les réseaux
d'échanges de l'étain depuis l'âge du bronze. Ce
métal est en effet nécessaire à la fabrication du bronze
qui est un alliage composé d'environ 90 % de cuivre et 10
% d'étain. »
Remarque :
Nous ne disposons pas de justification concernant la
première phrase : « La
présence des Vénètes sur le sol de l’actuel pays
morbihannais est attestée dès le début du premier
millénaire avant notre ère. ». Non pas sur le fait
qu’il y a eu une présence humaine dans le Golfe du Morbihan
durant la période du bronze moyen – les mégalithes de Carnac
prouvent cette présence – , mais sur le fait que ces
populations n’étaient autres que les Vénètes, décrits par
Jules César, environ mille ans plus tard.
Si l’on considère ces seuls éléments de réflexion, la
réponse à la question posée apparaît évidente : les peuples
vénètes cités par les textes anciens seraient indépendants
les uns des autres, le rapprochement entre eux serait
consécutif à l'homonymie des désignations.
Cependant, un nouvel élément est intervenu dans notre
réflexion (toujours avant l’étude des monuments de Tunisie).
Il s’agit des routes de l’ambre et de l’étain.
Questions autour des
routes de l’ambre et de l’étain
Routes de l’ambre
Selon le site Internet Wikipédia : « Dès
l'âge du bronze, les peuples méditerranéens importaient
l'ambre depuis la mer Noire et la mer Baltique, selon des
routes terrestres empruntant le cours de la Vistule et du
Dniepr. La route principale de l'ambre consistait depuis
la Baltique à remonter d'abord la vallée de l’Elbe et de
la Saale, puis celle du Danube et de l’Ill pour franchir
ensuite les Alpes au col du Brenner, suivre la vallée du
Pô et rejoindre la mer Méditerranée. [...] On
a retrouvé dans la chambre funéraire du pharaon
Toutânkhamon (Remarque
: Toutânkhamon est né vers 1345 av. J.-C. et mort vers 1327)
des
objets faits d'ambre de la Baltique, et l'on sait que des
offrandes en ambre étaient expédiées de la mer du Nord
vers le sanctuaire d’Apollon à Delphes.
[...] »
Route de l’étain
Selon la page du site Internet Wikipédia décrivant cet
itinéraire : « L’étain
était recherché car, fondu en juste quantité avec le
cuivre, il devenait du bronze, un alliage beaucoup plus
résistant que le cuivre seul et qui est resté important
même après l’avènement du fer au milieu du Ier
millénaire av. J.-C. Or il se trouve que les civilisations
du bassin méditerranéen disposaient de cuivre, mais que
l'étain se trouvait en abondance dans des régions assez
éloignées, l'Armorique et surtout la Bretagne (l'actuelle
Grande-Bretagne), dans la péninsule de Cornouailles.
La
route de l'étain reliait le sud-ouest de cette Bretagne
insulaire à la mer Méditerranée. Mais, jusqu'à la conquête
de la Gaule par les Romains, cette route de l'étain est
restée assez mystérieuse pour les cultures riveraines de
la Méditerranée, en raison de l'éloignement mais aussi
d'un souci de secret des opérateurs de ce trafic
commercial. Il a longtemps subsisté beaucoup
d'interrogations à son sujet.
[...]
La
route de l'étain passait par la vallée du Rhône.
[...]
L’étain, venu d’Armorique et de Cornouailles, était
transporté par mer, et aussi par terre, jusqu'à l'estuaire
de la Loire. De là, il remontait le fleuve afin de pouvoir
rejoindre le Rhône. Ce trajet, qui permettrait d’éviter
d’avoir à contourner la péninsule ibérique, est attesté
par Diodore de Sicile qui, au Ier siècle avant
notre ère, parlait d'un périple de trente jours pour
atteindre l'embouchure du Rhône.
[...] »
Les problèmes liés à
l’identification de ces routes
Dans le cas présent, on se situe dans une période dite «
protohistorique », à la charnière de deux formes
d’explications : l’explication par l’étude des textes
historiques, l’explication par les données archéologiques.
L’étude des textes historiques est assez peu éclairante car
ces textes sont relativement récents (Iersiècle
avant Jésus -Christ) par rapport à une période qui a duré
plus de 1500 ans. Les données archéologiques ne concernent
principalement que les dépôts d’ambre ou de bronze
découverts le long de ces routes. La question principale qui
se pose est de savoir quelle a été l’importance de ces
routes durant l’Antiquité. Et il semble bien que ces routes
aient été très importantes, qu’il y ait l’existence réelle
d’une activité commerciale durant cette période. On pourrait
en effet penser qu’un homme du néolithique ayant trouvé un
morceau d’ambre sur les rivages de la mer Baltique soit
aussitôt allé le vendre à Babylone, et qu’il en serait de
même pour des milliers d’autres riverains de la Baltique. La
réalité serait plus complexe. Un homme ou un groupe d’hommes
s’installe sur les rives de la Baltique, contacte des
intermédiaires locaux chargés d’acheter de l’ambre à des
populations locales. Une fois un lot suffisant de grains
d’ambre récolté, l’agence locale envoie un transporteur en
lui assurant une protection contre les voleurs. Après de
nombreuses tribulations, le colis arrive en Orient à un
centre de répartition qui s’occupe de la vente des produits.
Le transporteur revient ensuite sur les rives du Danube
chargé d’autres produits.
Toujours lors de nos recherches concernant les Vénètes, nous
avons envisagé que les Vénètes pourraient être soit à
l’origine, soit des parties prenantes de ce commerce
international concernant l’ambre ou l’étain et peut-être
même les deux. Mais il fallait auparavant faire quelques
observations ou rectifications. La première de ces
observations concerne des contradictions apparentes
concernant la route de l’ambre. Le texte ci-dessus nous
apprend ceci « Dès
l'âge du bronze, les peuples méditerranéens importaient
l'ambre depuis la mer Noire et la mer Baltique, selon des
routes terrestres empruntant le cours de la Vistule et du
Dniepr.. [...] ». Puis immédiatement après : « La
route principale de l'ambre consistait depuis la Baltique
à remonter d'abord la vallée de l’Elbe et de la Saale,
puis celle du Danube et de l’Ill pour franchir ensuite les
Alpes au col du Brenner, suivre la vallée du Pô et
rejoindre la mer Méditerranée. [...] ». Ce qui
donne deux routes totalement différentes atteignant, pour
l’une, la Mer Noire par le Danube, pour l’autre, la
Méditerranée par le Pô. Mais il existe une troisième route
donnée par les images 1
et 2 qui passe par la Pannonie et atteint la
Méditerranée au voisinage de Venise. Il fallait donc
résoudre ces contradictions. On peut d’abord envisager une
insuffisance de données statistiques qui empêche de choisir
entre plusieurs options. Mais il existe une autre
explication qui nous semble plus convaincante : la
modification au cours du temps du tracé des routes
commerciales. Donnons ici un exemple : en mois de deux
siècles, le tracé des voies maritimes entre l’Europe et le
Moyen Orient a changé deux fois : la première fois avec le
creusement du canal de Suez, et la seconde fois, récemment,
avec la fermeture du détroit d’Ormuz.
Nous avons donc envisagé la situation suivante : dans un
premier temps, durant la période du chalcolithique la route
de l’ambre suit le tracé, Vistule Danube, Mer Noire
Pamphlagonie (Anatolie). Puis pour diverses raisons
(conflictuelles ou de rentabilité), le tracé aurait été
modifié en faveur d’une liaison entre les bouches de la
Vistule et la Vénétie. La trajet terrestre nettement plus
court que le précédent était probablement plus sûr (ou
diminuait les formalités de passage de frontière). Le
transport s’effectuait ensuite par voie maritime, une voie
nettement plus sûre et moins chère que la voie terrestre, si
toutefois l’ensemble des opérations a été planifié, ce que
nous pensons. Il fallait donc, au mois pour la partie
maritime, une structure administrative conséquente capable
d’anticiper les risques (tempêtes, pirates, conflits
régionaux...) avec des sociétés d’armateurs capables de
construire des vaisseaux de fort tonnage pouvant affronter
la haute mer. On envisage que Chypre pourrait être un des
centres de ce commerce international antique (image
3).
Le même type de raisonnement peut être adopté pour une autre
route, la route de l’étain. Sauf que cette route serait
postérieure à la route (on devrait plutôt parler « des
routes ») de l’ambre d’environ un demi-millénaire, avec
possibilité d’une coexistence des deux routes sur une longue
période. La route de l’étain aurait été créée au cours de la
période du bronze moyen. Nous envisageons que des sociétés
extérieures au monde britannique aient pu créer les
conditions d’extraction du minerai d’étain, de son
raffinage, de sa commercialisation et de son transport. Ces
sociétés seraient les Vénètes. S’agissait-il d’un seul
peuple ? De populations liées par une langue commune ? Une
religion commune ? Nous ne pouvons répondre à cela.
Remarquons cependant qu’au cours de l’histoire humaine, bien
avant nos entreprises multinationales, il a pu y avoir des
activités transnationales : les juifs et les templiers dans
le système bancaire au Moyen-Âge ; la ligue hanséatique (image 5) vers la fin du
Moyen-Âge.
Concernant la route de l’étain : l'image
4 correspond à la description faite par Diodore de
Sicile au Iersiècle avant notre ère. On aurait
tort cependant de s’y fier totalement. Nous avons en effet
écrit précédemment qu’il pouvait y avoir, pour des raisons
diverses, déplacement du tracé. Dans le cas présent, le
tracé le plus court serait celui passant par la Garonne et
rejoignant directement la Méditerranée. Mais il est possible
qu'au Iersiècle avant notre ère, ce trajet aurait
été évité pour causes de conflits.
Une autre idée : les
sanctuaires de Vénus
Arrivées à ce stade de la réflexion, toujours au cours de
nos recherches sur Venise, la Vénétie et les Vénètes, nous
avons envisagé que la répartition des Vénètes pouvait avoir
été effectuée de la façon suivante : installation d’un
groupe vénète au poste de production (le littoral de la
Baltique pour l’ambre, le Morbihan pour l’étain),
installation d’un autre groupe vénète au poste de réception
(la Paphlagonie puis la Vénétie pour l’ambre, le Golfe du
Lion pour l’étain). Ce qui expliquerait la répartition
apparemment hétéroclite de ces groupes vénètes à travers
l’Europe. L’idée étai séduisante mais elle pêchait par
défaut : aucun peuple vénète n’est signalé dans le Golfe du
Lion.
Il y avait cependant le problème suivant dans le Golfe du
Lion. La carte de l'image
6 montre les ports antiques et les voies maritimes
grecques de ce golfe (ne sont pas représentés les ports de
Narbonne, Béziers et Lattes). Les villes d’Agde, d’Empuriès,
de Marseille, et d’Antipolis (non représenté ici) sont des
villes dites « grecques ». Ce qui signifie qu’à un moment
donné de leur histoire, c’étaient des colonies grecques
occupant des portions de territoire gaulois ou romain. Ces
territoires colonisés seraient devenus ultérieurement les
évêchés d’Agde, d’Empuriès et de Marseille, Les tracés en
rouge de cette carte indiquent les itinéraires de
navigation. Il faut, par temps favorable, une journée de
navigation entre Marseille et Agde, et une autre entre Agde
et Empuriès.. Il existe deux autres localités qui pourraient
être d’origine grecque : Vendres, situé à l’embouchure de
l’Aude, où il existait un temple de Vénus, et Port-Vendres
dont le nom d’origine était Portus Veneris, port de Vénus.
On pourrait penser que ces localités étaient des
ports-refuges en cas de tempête. Cependant, ces localités
sont situées trop près d’Agde pour la première, trop près
d’Empuriès pour la seconde. En conséquence, comment
expliquer l’existence de ces deux localités qui
célébreraient la déesse grecque Vénus, alors qu ‘elles ne
sont pas situées sur un territoire grec ? Par ailleurs,
comment ne pas remarquer l’homonymie entre Vénéti et
Vénéris.
D’où la question : ne
serait-il pas possible que les Vénétes aient fait partie
d’un confédération maritime associée au culte de la déesse
Vénus ?
Mais les indices étaient beaucoup trop fragiles : deux ports
dédiés à Vénus seulement sur la côte du Golfe du Lion,
probablement un sur la côte ligure (il s’agirait de Porto
Venere), et peut-être Bénidorm en Espagne. Et nous nous
sommes abstenus de poursuivre l’investigation.
La mosaïque des îles et villes de Méditerranée
La découverte de cette mosaïque ne pouvait pas nous échapper
: elle se situe à l’entrée du musée du Bardo, à Tunis. Seul
problème, elle a été posée à l’horizontale, un peu au-dessus
du sol : sans système de miroirs, les prises de vues
photographiques n’ont pu être faites qu’avec une forte
incidence.
Sensibilisés par notre précédente recherche, nous avons
immédiatement vu l’intérêt de cette mosaïque. Voici sa
description par un panneau explicatif situé à proximité :
« “Symbolique” de la mosaïque
La mosaïque des îles et villes de Méditerranée aussi
appelée, Mosaïque aux îles, est exceptionnelle par son
iconographie et son symbolisme.
LA THÉMATIQUE DE VÉNUS
La
plupart des îles ou des villes mentionnées ont un lien
avec le culte de Vénus, divinité de l’Amour et de la
Beauté. La déesse n’apparaît cependant pas en tant que
telle sur la mosaïque, mais y est présente par les Amours
pêchant ou nageant et les toponymes livrés par les
inscriptions.
Par exemple, Paphos et Erycos sont des hauts lieux du
culte de la déesse. Ainsi, selon Homère (hymne à Vénus),
Paphos est célèbre d’abord parce que la tradition y place
le lieu de naissance de Vénus, aussi pour son temple
consacré à la déesse, comportant un bois sacré et un autel
odorant. C’est probablement à cela que fait allusion le
mosaïste en représentant un édifice à podium.
Peut-être
dans le même but, il a placé à l’arrière-plan de la
vignette figurant Erycos un relief qui serait le mont Eryx
connu pour l’importance du culte voué à Vénus.
UN VOYAGE IMAGINAIRE
Malgré
l’apparente cartographie qu’offre la mosaïque,
l’incohérence et l’inexactitude des lieux représentés,
ainsi que leur configuration, ne peuvent représenter une
réalité géographique. Le commanditaire, propriétaire de
cette luxueuse demeure, et l’artiste ayant créé le dessin
ou l’artisan mosaïste, ne connaissaient sans doute de ces
célèbres sanctuaires à Vénus que le nom.
Il s’agirait plutôt d’un périple imaginaire transposé sur
cette mosaïque, ornant ce qui devait être une salle de
réception. La présence de ces barques pourrait être le
témoignage de ce voyage. [...] »
Quelques informations sur les îles ou villes citées sur la
mosaïque (sources de Wikipédia) :
Scyros
(image 8)
est une île grecque de la mer Égée appartenant à l’archipel
des Sporades.
Cypros : Chypre.
Idalium (image
9) était une ancienne cité de Chypre, située dans
l’actuelle ville de Dali. Fondée au IIIe
millénaire avant J.-C., elle prospéra grâce au commerce du
cuivre. Son nom figure sur le prisme d’Assarhaddon (dont des
copies datent de 673-672 avant J.-C.), ainsi que sous une
forme similaire dans les annales d’Assurbanipal (648/647
avant J.-C.).
Limnos ou Lemnos
est une île grecque du nord-est de la mer Égée. Dans la
mythologie grecque, Lemnos était l'une des résidences
d’Héphaistos : son palais et ses forges étaient situées dans
le Mosychlos, volcan endormi.
Erycos (image
10). Dans la mythologie grecque, Éryx, fils de
Boutès (ou de Poséidon selon les auteurs) et d’Aphrodite
(Vénus), est roi d'une province de Sicile, appelée Érycie et
héros fondateur de la cité d’Éryx (Italie).
Cytherae (Cythère),
est une île grecque du nord-est de la mer Égée. Hérodote
mentionne la présence dans l'île d’un temple dédié à la
déesse Aphrodite (Vénus). La naissance marine de la déesse,
lorsque le sperme d’Ouranos entra en contact avec la mer,
eut lieu selon certaines traditions près de l'île, qui en
garda un culte voué à la déesse en souvenir. Selon d'autres
traditions, ce fut au large de l’île de Chypre.
Paphos (image
11) est une ville située sur la côte occidentale de
l(île de Chypre. Paphos apparaît durant l’âge du bronze
récent (1600-1200). On y construit de vastes ensembles
architecturaux, avec des mégarons à piliers, des autels en
plein air, des tables à offrandes et libations, des ateliers
et des réserves, et, dans les environs, des tombes à fosse
(tholoi) creusées dans le rocher et précédées d’un couloir
qui conduit à l’entrée du tombeau.
Une cité est fondée par des colons grecs vers 1050 av.
J.-C., probablement originaires de la cité de Tégée. Dans
l’Antiquité, elle est vouée à la déesse Aphrodite et c’est
alors que le nom de Paphos apparaît.
Rhodos (Rhodes) (image 12) est une île
grecque, la plus grande du Dodécanèse. Selon Pindare,
Hélios, le Soleil, est le premier à voir l'île sortir des
eaux et la trouve si belle qu'il la prend sous sa
protection.
Egusa ? Nous
n’avons pas d’information sur ce site.
Notre propre point de vue
L’idée exprimée sur le panneau explicatif selon laquelle ce
décor représenterait un voyage imaginaire ne nous semble pas
correspondre à la réalité. Remarquons tout d’abord que le
caractère religieux est peu exprimé sur cette mosaïque.
Ainsi, l’édifice à podium interprété comme étant le célèbre
temple de Vénus de Paphos est peut-être un temple. Mais son
dessin (au centre de l'image
13) révèle une construction de peu d’intérêt et
dépourvue du décor de colonnades qui normalement devait être
celui d’un Temple de Vénus. Même en pensant que ce décor est
le résultat de l’imagination de l’artiste, on doit concevoir
que cet artiste avait sous les yeux des décors plus
majestueux.
Si le caractère religieux nous semble négligé (la présence
d’Amours ne constitue pas une preuve rédhibitoire ; la
plupart des mosaïques marines contiennent des
représentations d’espèces marines mélangées à des Amours) on
constate, à l’inverse, une forte concentration d’entrepôts
portuaires (un pour chaque île ou ville). En fait il ne
s’agit pas de construction réellement portuaires qui
signifierait qu’il y avait là un port pratiquement fermé, en
eau profonde. Nous pensons que ces images représentent la
technique d’atterrissage des bateaux par échouage sur une
plage. C’est la technique que l’on emploie actuellement pour
des embarcations légères comme les canoës ou les kayaks.
C’est la technique qui devait être employée durant les temps
primitifs pour des bateaux de faible tonnage. Lorsque le
tonnage a augmenté, on a été obligé de construire des ports.
Dans le cas présent, les entrepôts sont disposés en arrondi
autour d’une plage ou d’un canal de dérivation. Deux gros
bâtiments, parfois précédés d’un escalier, encadrent la file
de bâtiments qui devaient être des entrepôts. Nous pensons
que cette disposition a précédé la construction de ports en
eau profonde.
Nous ne pensons pas contrairement à l’auteur du panneau
explicatif que cette représentation serait celle d’un voyage
imaginaire. Il suffit de consulter des images d’agences de
voyages pour remarquer qu'elles veulent plonger leurs futurs
clients dans un parcours imaginaire en présentant sous le
plus bel aspect des éléments caractéristiques du pays à
traverser (paysages ou monuments exceptionnels). Or ici, on
n’a rien de tout cela : pas de monument exceptionnel comme
l’Acropole d’Athènes ou le temple d’Artémis à Éphèse. L’île
de Rhodes est dessinée, mais sans son colosse qui était
pourtant classé parmi les Sept Merveilles. En résumé, ce
voyage imaginaire aurait été aussi très ennuyeux.
Nous pensons donc que cette mosaïque symboliserait une
guilde portuaire, une association d’armateurs qui aurait
développé des réseaux de transports maritimes. Nous pensons
même que, au vu de l’archaïsme des scènes représentées,
cette association n’afficherait pas l’état actuel de son
développement, mais son état d’origine. Tout comme, à
l’heure actuelle, une brasserie affiche fièrement qu’elle a
été fondée en 1665, les membres de cette association qui,
vers le IIe siècle de notre ère, avait créé des
lignes maritimes dans toute l’Europe jusque dans les terres
nordiques, auraient voulu afficher l’ancienneté de la
fondation effectuée à partir des îles ou villes de la seule
Mer Égée.
Rappelons qu’il ne s’agit là que d’hypothèses qui demandent
à être vérifiées et revérifiées. Ces hypothèses font
envisager que les guildes d’armateurs devaient avoir une
grande importance dans le monde romain. En fonction de leur
puissance en un moment donné, elles devaient être, selon
nous, des multinationales pouvant faire ou défaire des rois
(ou plutôt des consuls ou des empereurs).
C’est tout à fait par hasard que nous avons découvert sur
Wikipédia le mot « thalassocratie ». Définition de Wikipédia
: « Une
thalassocratie est un État dont la puissance est fondée
principalement sur la domination de la mer. La
thalasso-politique occupe alors une place importante des
politiques globales de la nation. […]
Durant
l’Antiquité, dès le début de l’âge du fer, apparaissent
des thalassocraties comme la civilisation minoenne, la
Phénicie qui engendre la civilisation carthaginoise et de
nombreuses cités grecques qui essaiment en colonies au Ve
siècle av. J.-C.
Les Phéniciens, qui ont disposé de nombreux comptoirs cinq
siècles avant Carthage, constituent une thalassocratie au
sens large, car aucune de ces civilisations n’avait un
pouvoir thalassocratique absolu en mer Méditerranée.
[…]
Carthage
est un autre exemple de thalassocratie dans l'Antiquité.
De même, l’Empire romain, l’Empire romain d’Orient, et,
plus tard, l’Empire ottoman, tenant les plus importants
détroits de la mer Méditerranée, possédaient une emprise
maritime qu'on désigne communément comme thalassocratique.
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