L’église Saint-Loup de Saint-Loup-de-Naud 

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La page du site Internet Wikipédia décrivant cette église nous apprend ceci (extraits) :

« Histoire

Au Xe siècle existe déjà, sur le site du village actuel, un domaine de Naud, où se trouve une chapelle dédiée à saint Loup. Vers 980, l’archevêque de Sens donne la chapelle aux moines bénédictins de l’abbaye Saint-Pierre-le Vif à Sens, qui y fondent un prieuré. La construction de l’église commence dans la deuxième moitié du XIe siècle, avec l'élévation du chœur, du transept et des deux premières travées de la nef. En 1160, l'archevêque de Sens, Hugues de Toucy, offre au prieuré une relique de saint Loup. C'est sans doute vers cette période que, grâce au comte de Champagne, Henri le Libéral, la nef de l'église est agrandie de quatre nouvelles travées et qu'est édifié le portail ouest surmonté d'une tour, dans un style de transition vers le gothique plus affirmé.

Description du bâtiment

Extérieur :
L’édifice est établi au sommet du coteau, dominant la vallée du Dragon, où est établi le centre du village. Surmonté d'un clocher au-dessus de la croisée du transept, son aspect général est sobre, voire austère. L’abside est percée de trois fenêtres, sans ornementation. Mais le porche abrite un portail, créé vers 1160 à la décoration sculptée particulièrement remarquable, notamment ses statues-colonnes du premier gothique.
»

Remarque : Ce texte ne décrit pas l’intérieur de l’édifice mais les images de cet intérieur sont suffisamment parlantes pour donner une idée de cet intérieur.


Commentaires sur le texte ci-dessus

On retrouve l’idée récurrente dénoncée dans les pages précédentes : « Il existait une église avant l’an mille ... mais cette église a été remplacée par l’église actuelle ». Cela étant, il nous faut admettre que dans certains cas, cela a pu se produire : une église qui existait avant l’an mille a pu être entièrement reconstruite après cette date. C’est d’ailleurs le cas des grandes cathédrales. Mais sur ce point, il y a en général consensus. À l’heure actuelle, seule une analyse de l’architecture de l’édifice peut permettre des évaluations de datation. Il en sera sans doute différent dans les années qui viennent avec des analyses en laboratoire.



Analyse de l’architecture de l’édifice

Image 1. Vue de l’extérieur, la nef obéit à un plan basilical directement issu des premières basiliques chrétiennes : nef à trois vaisseaux avec le vaisseau central surhaussé par rapport aux vaisseaux latéraux. On constate cependant que ce surhaussement est de faible amplitude. Il n’a pas permis le percement de fenêtres supérieures pour éclairer la nef. Mais nous avons auparavant observé une telle caractéristique lorsque les nefs qui étaient auparavant charpentées ont été voûtées. Les pressions des voûtes sur les murs latéraux ont obligé les constructeurs à abaisser les murs porteurs du vaisseau central. Et, ce faisant, à supprimer les baies supérieures. Donc, sans avoir à visiter l’intérieur de cette église, on peut envisager que sa nef est voûtée.

Images 3 et 4 ; Très beau portail. Nous l’estimons aussi de transition entre le roman et le gothique, de la fin du XIIe siècle.

Image 5. Cette image suscite a priori peu d’intérêt : trois absides semi-circulaires accolées. En fait, ces trois absides sont révélatrices d’un plan au sol très particulier : le plan d’une église à nef à trois vaisseaux avec trois absides semi-circulaires en prolongement des vaisseaux. Ce type de plan, très fréquent, aurait, selon nous, été utilisé pendant plusieurs siècles au cours du premier millénaire. Ultérieurement, les constructeurs de bâtiments nouveaux ajoutent au plan classique de la nef à trois vaisseaux des nouveautés comme le transept, le clocher de croisée de transept, diverses formes de chevet, un ouvrage Ouest, des clochers de façade, etc. La vue par satellite de l'image 6 permet de réaliser que si on fait abstraction du transept et de son clocher de croisée, on obtient une bâtiment formé d’une nef à trois vaisseaux et de trois absides en prolongement. Ce prolongement apparaît sur les images 11 et 12 des collatéraux : tout au fond, on voit la clarté d’une fenêtre, c’est la fenêtre axiale de l’abside en prolongement du collatéral.

Un autre détail nous semble aussi intéressant. Regardons l'image 6. On y voit le clocher de croisée du transept, et, devant celui-ci, le croisillon Sud du transept. Mais devant ce corps de bâtiment, il en existe un plus petit couronné d’un toit à deux pentes. L'image 9 montrerait la façade Sud de ce corps de bâtiment plus petit. Nous y voyons une grande baie surmontée d’un arc en plein cintre actuellement muré. Nous pensons que cette grade ouverture témoignerait de l’existence d’un corps de bâtiment transverse : peut-être un transept bas qui aurait précédé le transept haut. Il faut comprendre que ces diverses hypothèses de constructions successives : absence de transept, transept bas, transept haut (avec clocher de croisée) font remonter la datation, à chaque fois d’au moins une cinquantaine d’années.


L’intérieur de l’édifice surprend un petit peu (images 10, 13 et 14). Nous nous attendions à trouver une nef voûtée mais avec des arcs en plein cintre et des piliers rectangulaires. Or ici, on a un mélange de piliers cruciformes massifs et de colonnes cylindriques relativement graciles.

Nous pensons qu'initialement, cette église a été construite dans le système lié assez fréquent dans les pays germaniques. Ce système se serait répandu dans les deux derniers siècles du premier millénaire. C’est un système très organisé. La largeur d’un collatéral est environ la moitié de celle du vaisseau central. Les travées des collatéraux sont organisées en carrés. Ce qui permet de créer de belles voûtes d’arêtes dans ces collatéraux. Il y a  alternance du système de piliers entre des colonnes cylindriques et des piliers à section rectangulaire, en général de type R1010. Deux couples de piliers successifs permettent de créer une travée de vaisseau central. Et donc une travée de vaisseau central correspond à deux travées de collatéral. Nous pensons qu’à l’origine, le vaisseau central au moins était charpenté. C’est ce qui se serait passé ici. Ultérieurement, les trois vaisseaux auraient été voûtés en croisées d’ogives.

La fresque de l'image 17 reproduit ce qui existait dans de nombreuses églises du premier millénaire. Elles ne portaient pas décoration sculptée mais, par contre, les murs intérieurs étaient couverts de fresques ou de mosaïques.

Il nous est difficile de proposer une datation pour celle-ci représentant Abraham et sur la droite, probablement, la scène du sacrifice d’Abraham (image 18).


Datation envisagée pour l’église Saint-Loup de Saint-Loup-de-Naud : an 975 avec un écart de 75 ans.