L’église Notre-Dame-et-Saint-Eugène de Deuil-la-Barre 

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Nous n’avons pas visité cette église. Les images ci-après sont extraites de galeries d’Internet.

La page du site Internet Wikipédia décrivant cette église nous apprend ceci :

« Ses origines remontent à la fin de l'époque mérovingienne, quand l'église de Deuil est un lieu de pèlerinage grâce aux miracles qui se produisent près de la tombe de saint Eugène qu'elle abrite. Un premier oratoire avait même été édifié vers le début du Ve siècle. Mais rien de ces premiers lieux de culte ne subsiste, et avec le départ des reliques de son saint protecteur pour la basilique Saint-Denis vers 850, Deuil quitte la scène de l'histoire jusqu'à ce que son église soit donnée à l’abbaye Saint-Florent de Saumur en 1066.

Un prieuré est alors fondé à Deuil, et la construction de l'église romane actuelle est lancée. Elle commence par l’abside, qui ne subsiste plus, et se termine par la nef au début du XIIe siècle. La consolidation de la croisée du transept vers 1135 donne l'occasion d'installer quatre chapiteaux historiés, qui, avec un cinquième dans la chapelle Sud, font la célébrité de l'église. Ils marquent en effet l'apogée de la sculpture romane dans le Val d’Oise.

Vers 1220, l'abside romane est remplacée par un spacieux chœur gothique muni d'un déambulatoire. Il ne se distingue pas par sa hauteur, qui est très modeste, mais par sa beauté et le raffinement de son architecture. C'est aussi l'unique chœur à déambulatoire et sans chapelles rayonnantes qui ne comporte qu'un seul niveau d'élévation.

L'extérieur modeste de l'église et son clocher néoroman de 1868 ne font pas soupçonner les richesses architecturales de l'intérieur. La chute d'une V2 en août 1944 a partiellement détruit l'église, mais elle a été patiemment reconstruite à partir de ses débris, et la catastrophe ne laisse plus de trace.
[...] »


Essai de critique objective du texte de Wikipédia

Commençons par cette partie de texte : « Mais rien de ces premiers lieux de culte ne subsiste, et avec le départ des reliques de son saint protecteur pour la basilique Saint-Denis vers 850, Deuil quitte la scène de l'histoire jusqu'à ce que son église soit donnée à l’abbaye Saint-Florent de Saumur en 1066. ».

« ... Deuil quitte la scène de l'histoire … ». La formule est très belle. Elle est aussi très symptomatique de l’état d’esprit des historiens du Moyen-Âge, peut-être jusqu’à nos jours. Pour eux, l’histoire ne peut être connue que par les écrits contemporains à la période. S’il n’y a pas de texte écrit, il n’y a pas d’histoire. Dans le cas présent, on n’a pas connaissance de texte écrit entre les années 850 et 1066 concernant Deuil. Il faut donc admettre qu’il n’y a pas d’histoire de l’église de Deuil. Mais comment faire passer le message ? Pourquoi pas par une belle formule ? : « ... Deuil quitte la scène de l'histoire … ». À l’inverse des historiens, nous pensons que l’église de Deuil a eu une histoire, une histoire qui peut éventuellement apparaître dans son architecture.

Ce parti pris des historiens de privilégier essentiellement les textes écrits confine au négationnisme : s’il n’y a pas d’histoire de l’église alors il n’y a pas d’église ! Ce négationnisme, on le voit apparaître dans des phrases telles que  « Mais rien de ces premiers lieux de culte ne subsiste ». Parfois, de simples indices relevés à partir des textes permettent de justifier cette absence d’églises. Il en est ainsi du « départ des reliques de son saint protecteur pour la basilique Saint-Denis vers 850 » censé expliquer une décadence de l’abbaye de Deuil. Dans la plupart des cas observés, ce n’est qu’une partie des reliques du saint qui est déplacée, souvent vendue, l’abbaye donatrice conservant le prestige attaché à ces reliques.

Passons ensuite à une deuxième partie de texte : « Un prieuré est alors fondé à Deuil, et la construction de l'église romane actuelle est lancée. Elle commence par l’abside, qui ne subsiste plus, et se termine par la nef au début du XIIe siècle. {...] ».

On retrouve ici l’idée d’une disparition de l’abbatiale entre 850 et 1066. En particulier, nous aimerions connaître le texte exact affirmant que la construction de l’église actuelle est commencée à partir de l’an 1066. Nous pensons qu’un tel texte n’existe pas. C’est le cas de tous les édifices que nous avons étudiés jusqu’à présent. Lorsqu’une église est construite, il n’est plus nécessaire de conserver les documents relatifs à sa construction.

Autre remarque concernant la phrase « Elle commence par l’abside, qui ne subsiste plus, et se termine par la nef au début du XIIe siècle. {...] ». Cette phrase suggère l’idée que la construction se serait faite entre 1066 et le début du XIIe siècle, soit un projet de construction effectué durant une cinquantaine d’années. Nous pensons que tout concepteur d’un projet de construction veut assister à l’achèvement de ce projet, soit une dizaine d’années (au plus une vingtaine d’années) après le lancement de la construction. Il est certes possible qu’une construction soit effectuée cinquante ans après la première, mais cette construction fait partie d’un autre projet.


Étude de l’architecture de l’édifice

On constate (plan de l'image 3), que dans sa majeure partie, la nef est à trois vaisseaux. Un vaisseau supplémentaire a été ajouté à l’époque gothique côté Sud. La nef primitive était à trois vaisseaux charpentés. Le vaisseau principal, surhaussé par rapport aux collatéraux, est porté par des piliers de type R1010 et des arcs à double rouleau (image 7). Nous pensons que ce modèle de construction date des environs de l’an mille, voire est légèrement antérieur.

Il faut cependant noter une anomalie concernant la travée la plus proche du transept. On peut voir sur les images 5 et 8 que les piliers de cette travée ne portent pas des chapiteaux mais des impostes. Et les arcs sont à un seul rouleau. Cet partie de nef serait probablement le seul reste de l’église primitive que existait vers l’an 850.

On retrouve cette travée à piliers à impostes et arc à un seul rouleau sur l'image 9. À remarquer les deux chapiteaux encadrant cet arc et porteurs d’arcs transverses. Celui de droite est le chapiteau à décor d’arcades de l'image 15. Celui de gauche est un chapiteau historié porteur d’une scène biblique. Ce chapiteau ainsi que l’arc qu’il porte seraient postérieurs au chapiteau précédent et à son arc.

Image 10 : Il semblerait que le transept soit un transept « bas » ; les croisillons du transept sont bâtis sur les collatéraux.

Images 11 et 12 : Le chevet à déambulatoire. Le texte ci-dessus propose pour date « Vers 1220 ». Nous le pensons postérieur d’au moins cinquante ans.


Les chapiteaux de la nef (images de 13 à 22)

Hormis ceux des images 14, 17 et 19 qui apparaissent neufs (mais ce sont peut-être des copies d’anciens chapiteaux fortement dégradés), ces chapiteaux semblent appartenir à la même famille, une famille que l’on retrouve à peu de différences près à Cormeilles-en-Vexin.

Quelques particularités :

Image 13 : Décor de pointes de diamant.

Image 15 : Décor d’arcades (qui pourraient symboliser les portes de la Jérusalem Céleste).

Image 17 : Représentation de l’Agnus Dei.

Image 19 : Masques crachant des épis de blé associés à des pampres de vigne (peut-être issu du symbolisme du pain et du vin de l’Eucharistie).

Images 20, 21 et 22 : Décor de cercles entrelacés.



Les chapiteaux du transept (images 23 à 27)

Les chapiteaux à décor géométrique des images 23 et 24 sont du même style que les précédents (ainsi que ceux de Cormeilles-en-Vexin). Ils pourraient donc être contemporains de ces derniers, voire postérieurs d’une génération.


Datation

Nous avons vu précédemment que la travée à piliers à imposte pouvait être un témoin de l’église d’origine, datant des environs de l’an 800. Cependant, nous n’avons pas suffisamment d’éléments permettant de confirmer cette hypothèse. Aussi nous évaluons la datation de la nef à partir des données suivantes : nef entièrement charpentée, piliers de type R1010, arcs doubles.

Datation envisagée pour la nef de l’église Notre-Dame-et-Saint-Eugène de Deuil-la-Barre : an 975 avec un écart de 75 ans.