L’église Saint-Julien-le-Pauvre de Paris 

• France    • Île-de-France    • Article précédent   Article suivant   


La page du site Internet Wikipédia décrivant cette église nous apprend ceci (extraits) :

« Histoire

Son nom fait référence à saint Julien l’Hospitalier, car un hospice accueillant les pèlerins et pauvres voyageurs était associé à l'église au Moyen-Âge. Il n'est toutefois pas de certitude quant à savoir quel saint fut le premier patron de l'église, car c'est l'une des plus anciennes de Paris, et ses origines remontent au moins au début du VIe siècle. Saint Julien du Mans et saint Julien de Brioude sont également considérés comme patrons de l'église.


La basilique primitive est détruite par les Vikings en 886. Une seconde église est construite, elle est donnée au prieuré clunisien de Longpont-sur-Orge vers 1125. Les moines de Longpont réparent l'église, établissent un prieuré et font construire une église neuve à partir de 1160, qui correspond à l'église actuelle.

Malgré ses dimensions modestes, son chœur est une œuvre de qualité, dont la sculpture est inspirée de la cathédrale Notre-Dame, et exécutée sans doute par les mêmes artistes.
[...] »


Commentaires sur cette partie de texte

« La basilique primitive est détruite par les Vikings en 886. ». Nous retrouvons dans cette phrase le même discours que celui exposé dans la page précédente concernant la basilique Saint-Germain-des-Près. Cette dernière aurait aussi été détruite par les Vikings en 886. Qu’on nous apporte la preuve de ces affirmations !

« Une seconde église est construite, elle est donnée au prieuré clunisien de Longpont-sur-Orge vers 1125 ». Cette phrase est, en elle-même, intéressante. Il nous est en effet souvent arrivé de rencontrer des récits mêlant la fondation d’une communauté avec la construction de cette communauté. Nous avons contesté cette opinion en affirmant qu’une communauté ne peut être créée ex-nihilo. Dans la plupart des cas, la communauté s’installe dans des bâtiments (dont une église) construits auparavant. Le plus souvent, la nouvelle communauté ne conserve que ses propres archives et les archives des communautés précédentes sont perdues (sauf en cas de litige). Et donc on perd l’information qu’il existait une église avant la fondation de cette nouvelle communauté et que celle-ci a, au moins dans un premier temps, utilisé cette église avant d’en construire éventuellement une autre.


Analyse de l’architecture de l’édifice

C’est une église à plan basilical à nef à trois vaisseaux, le vaisseau principal étant surhaussé par rapport aux collatéraux, ce qui a permis l’ouverture de fenêtres supérieures permettant d’éclairer la nef.

Sur la façade Ouest (images 1 et 4), on remarque un corps de bâtiment, côté Nord, prolongeant cette façade. Ce corps de bâtiment est le reste de deux travées du collatéral Nord. Les piliers et arcs séparant le vaisseau central et le collatéral Nord sont visibles sur les images 5 et 6.

Le vaisseau central est porté par des piliers cylindriques soutenant des arcs en plein cintre (images 7 et 8). Alors que les collatéraux sont recouverts de voûtes sur croisées d’ogives (image 9), le vaisseau central est recouvert d’une voûte en plein cintre (image 8).

Le chœur et la travée précédant le chœur sont, quant à eux, recouverts de croisées d’ogives.

Selon le texte ci-dessus : « Les moines de Longpont ... font construire une église neuve à partir de 1160 qui correspond à l'église actuelle. ».

Si nous interprétons bien cette phrase, la totalité de l’église est construite à partir de 1160. En conséquence, toutes les parties devraient être construites à l’identique. Or nous constatons des différences importantes entre la nef dont le vaisseau principal est couvert d’une voûte en plein cintre et le chœur couvert de croisées d’ogives. Cette différence apparaît aussi dans les piliers : cylindriques dans la nef (image 8), faisceaux de colonnes partant, soit directement du sol, soit du chapiteau de la colonne cylindrique (image 11).

Autre remarque : les images 2 et 3 font apparaître le plan au sol de l’édifice dans son ensemble. Ce serait une église à nef à trois vaisseaux avec trois absides semi-circulaires en prolongement direct des vaisseaux. Il s’agirait d’un plan fréquent qui se serait développé pendant plusieurs siècles précédant l’an mille.

Il aurait été suivi de plans privilégiant le presbyterium, emplacement réservé aux prêtres. Il y aurait eu d’abord l’avant-chœur, salle rectangulaire située entre les absidioles précédant l’abside principale (cette dernière apparaît donc décalée, en avancée par rapport aux absidioles). Il y aurait eu ensuite l’invention du transept donnant à l’église un plan en forme de croix.

Ici nous n’avons pas d’avant-chœur ni de transept.

Notre hypothèse est la suivante. À l’origine, l’église était à nef à trois vaisseaux avec trois absides semi-circulaires en prolongement. Les trois vaisseaux étaient charpentés. Ultérieurement, sans doute après 1160, on a décidé d’aménager un presbyterium et de de la voûter en croisée d’ogives. Le presbyterium a été construit à partir de la dernière travée précédant le chœur. Les piliers ont été renforcés pour installer les arcs doubleaux et les ogives portant les voûtes. Il en a été de même pour les collatéraux. Le vaisseau principal n’a pas été touché par ces restaurations. Ce n’est que plus tard, au XVIIe ou XVIIIe siècle, qu’on aurait installé une voûte légère (en stuc ?).

Remarque : la nef dont le vaisseau principal est porté par des arcs en plein cintre massifs pourrait donc être préromane. Nous maîtrisons cependant mal la datation dans le cas de piliers cylindriques. Il est possible qu’ils aient été installés durant la période de « Renaissance carolingienne » en imitation de modèles romains.


Datation envisagée pour l'église Saint-Julien-le-Pauvre de Paris : an 975 avec un écart de 100 ans.