L’abbatiale Saint-Germain-des-Prés de Paris
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décrivant l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés et son
abbatiale est très documentée et nous en conseillons la
lecture. Nous reproduisons ci-dessous des extraits de ce
texte concernant principalement l’architecture de
l'abbatiale jusqu’au XIIe siècle :
«
La première église abbatiale est consacrée le 23 avril 558
à la Sainte-Croix et à Saint-Vincent de Saragosse. Cette
basilique possédait des colonnes de marbre, un plafond et
des fenêtres vitrées. [...] L'église
est rebâtie par l'abbé Morard, à partir de la fin du Xe
siècle. Les quatre premiers niveaux du clocher occidental,
la nef et le transept de l'église actuelle remontent à
cette époque, dans lesquels on peut notamment voir
d'intéressants chapiteaux d'autour de l'an mil. Le chœur
actuel est construit au milieu du XIIe siècle
dans le style gothique primitif et consacré par le pape
Alexandre III le 21 avril 1163. C'est l'un des premiers
édifices gothiques, qui contribue à la diffusion de ce
nouveau style et est de toute première importance sur le
plan archéologique. [...] »
Un peu plus loin dans le texte : « En
756, en présence de Pépin le Bref et de son fils Charles,
futur Charlemagne, le corps de saint Germain est transféré
de la chapelle Saint-Symphorien dans l'église même,
derrière l'autel principal, en raison de l'affluence des
pèlerins qui venaient lui rendre hommage. [...] L'église
est désormais uniquement connue sous le nom d'église
Saint-Germain-des-Prés. Ornée d'un sol en mosaïque, de
hautes colonnes de marbre supportant des arcades, de
peintures à fond d'or sur les murs, son toit revêtu de
cuivre doré répand une lumière dorée, ce qui lui vaut
d'être longtemps appelée "Saint-Germain-le-doré".
[...] Mais
en 861, un incendie détruit l’abbatiale. Restaurée en 869,
elle est à nouveau occupée par ceux-ci (les Normands) lors
du siège de Paris (885-887), dont le déroulement nous est
connu par le récit qu'en fit un moine de l'abbaye, Abbon
de Saint-Germain-des-Près. Les bâtiments sont pillés,
saccagés, puis brûlés, marquant la destruction de l'œuvre
de Childebert. Les reliques de Saint-Germain, mises
plusieurs fois à l'abri des murailles de Paris, retrouvent
leur place en 888. [...]
L'abbé
Morard (990-1014) rebâtit l'église et sa tour vers l’an
mil : cette dernière était expressément mentionnée dans
son épitaphe, conservée dans l'église actuelle, mais la
datation des chapiteaux de la nef est contestée. En même
temps que le clocher-porche terminé en 1014, deux tours
encadrent le chevet : elles sont quasiment détruites au
XIXe siècle.
Les
études dendrochronologiques de la charpente de la nef ont
donné une date d'abattage des bois comprise entre 1018 et
1038. Cette période de construction de la nef est
confirmée en rapprochant sa réalisation d'ensembles
sculptés comme la tour-porche de l’abbatiale de
Saint-Benoit-sur-Loire. Cette construction a dû être
largement commanditée par Robert II le Pieux. Cette
construction royale s'est traduite par l'usage de la
pierre de taille, encore rare à l'époque, et par
l'utilisation de certains thèmes mythologiques pour les
chapiteaux, comme Hercule et la biche de Cérynie, qui
relève d'une culture savante encore courante dans le
milieu monastique du XIe siècle. D'autres
chapiteaux renvoient aux débats théologiques de cette
période. [...]
Au
XIIe siècle, le chœur de l'abbatiale est démoli
et remplacé par un sanctuaire gothique à déambulatoire et
chapelles rayonnantes. Il est dédicacé le 21 avril 1163 en
présence du pape Alexandre III et de nombreuses
personnalités. »
Commentaires sur cette
partie de texte
Comme nous l’avons écrit précédemment, l’ensemble du texte
fourmille de détails intéressants. Nous devons néanmoins
faire quelques observations.
Tout d’abord, nous ne sommes pas certains que, parmi les
informations données, toutes l’aient été dans leur
exactitude. En effet, il arrive parfois que certaines
informations aient été relevées au XIXe siècle à
partir de documents qui, depuis, ont été perdus. Il y a
aussi parfois des erreurs de traduction. Ainsi, on nous dit
ci-dessus que le sanctuaire a été « dédicacé
». Ne serait-ce pas plutôt « consacré
» ? Nous estimons en effet que la dédicace et la
consécration pouvaient avoir des significations différentes.
Mais en dehors de cela, nous remarquons des affirmations
définitives qui constituent autant d'« a priori » : «
en 861, un incendie détruit l’abbatiale. », « lors
du siège de Paris (885-887) ... Les
bâtiments sont pillés, saccagés, puis brûlés, marquant la
destruction de l'œuvre de Childebert ». C’est une
constatation que nous faisons régulièrement en ce qui
concerne les monuments du premier millénaire. Alors
qu'actuellement, la plupart des bâtiments incendiés peuvent
être remis en état (exemple récent : Notre-Dame de Paris),
les monuments incendiés antérieurs à l’an mille sont
automatiquement détruits. Ici, il est même détruit deux fois
coup sur coup, en 861 et en 886. Et, malgré ce, il peut
accueillir les reliques de Saint Germain deux ans plus tard,
en 888.
Nous constatons aussi un défaut de logique. Nous étions
restés sur la destruction de 886. Nous apprenons que «
l'abbé Morard (990-1014) rebâtit l'église et sa tour vers
l’an mil ». On déduit que pendant plus de 100 ans,
entre les années 886 et 1000, les moines de Saint-Germain
n’ont pas eu d’église : ce n’est pas très logique.
Dernière remarque : « Cette
construction royale (effectuée aux alentours de
l’an mil) » s'est
traduite par l'usage de la pierre de taille, encore rare à
l'époque, ». Cette affirmation est contraire au
témoignage émerveillé de Raoul Glaber : peu après l’an mil,
le sol de France se couvrit de blanches églises. Si elles
étaient blanches, c’est parce qu’elles avaient été
construites en pierre de taille.
Le texte nous donne cependant des
informations importantes : « L'abbé
Morard (990-1014) rebâtit l'église et sa tour vers l’an
mil : cette dernière était expressément mentionnée dans
son épitaphe. » ; « Les
études dendrochronologiques de la charpente de la nef ont
donné une date d'abattage des bois comprise entre 1018 et
1038. ». Les deux datations qui nous sont
proposées : les environs de l’an 1000 et les environs de
l’an 1028 ne sont pas tout à fait incompatibles surtout si
l’on envisage que l’abbé Morand a pu initier le projet peu
avant sa mort en 1014 et que le projet a été achevé par la
pose du toit vers l’an 1020. Nous pensons en effet que la
construction d’un bâtiment se fait en un très petit nombre
d’années (en moyenne sept à huit ans, maximum vingt ans). Et
ceci, quelles que soient les périodes temporelles. Car
l’initiateur du projet de construction veut assister à son
inauguration. Par la suite, il peut y avoir d’autres
constructions (c’est le cas ici avec le chevet refait au XIIe
siècle). Mais ces autres constructions font partie d’un
autre projet conduit par un décideur différent.
Les éléments
caractéristiques de la nef
C’est une nef à trois vaisseaux. Le vaisseau principal est
porté prr des piliers de type R1111
et des arcs en plein cintre à un seul rouleau. Ce vaisseau
principal est surhaussé par rapport aux collatéraux. La
surélévation est importante et elle a permis le percement de
grandes baies supérieures (image
6).
Il est possible qu’à l’origine les piliers aient été de type
R1010, c’est à dire
à section rectangulaire avec des colonnes semi-cylindriques
engagées côtés Est et Ouest. Des colonnes semi-cylindriques
côtés vaisseau central et collatéraux auraient été adossées
aux piliers ultérieurement afin de pouvoir supporter les
arcs-doubleaux porteurs des voûtes. Cependant, nous ne
pensons pas que ce soit le cas : les chapiteaux supérieurs
semblent être de même style que les chapiteaux inférieurs (images 6 et 8). Par
contre, nous estimons que, primitivement, les trois
vaisseaux de nef n’étaient pas voûtés en croisées d’ogives.
Pour nous, en effet, la croisée d’ogives, qui agit comme un
raidisseur des structures à section rectangulaire, est
l’invention majeure de l’art gothique. Elle ne serait
apparue que vers la fin du XIIe siècle (la
cathédrale de Béziers incendiée en 1209 mais qui a gardé des
restes importants des périodes antérieures romanes est un
témoin privilégié). En conséquence, nous pensons qu'à
l’origine, la nef devait être charpentée. Il est possible
que les structures transversales de charpente de comble
(entraits arbalétriers et poinçons) aient été dès l’origine
remplacées par des grands arcs en plein cintre. L’ensemble
des aménagements de cette nef pourrait donc correspondre à
une datation de la première moitié du XIe siècle.
Les diverses dorures apportées aux
chapiteaux de la nef les ont selon nous enlaidis (images
10 à 13). Il faudrait faire un recensement
exhaustif de l’ensemble de ces chapiteaux et éventuellement
le comparer à un autre ensemble pour pouvoir identifier les
thèmes qu’ils véhiculent. Pour le moment, nous sommes
incapables de les interpréter correctement. Si, sur le
chapiteau de l'image 10, les personnages
semblent inspirés de religions païennes, pour ceux des images 11, 12 et 13, on
est en présence de représentations chrétiennes (saints
auréolés).
Le chapiteau de l'image 14
(Daniel et les lions), de facture archaïque, pourrait
provenir d’une église antérieure.
Celui de l'image 15, un peu plus récent,
semble dater du Xe ou XIe siècle.
Datation envisagée pour
l’abbatiale Saint-Germain-des-Prés de Paris : an 1025 avec
un écart de 50 ans.