L’abbatiale Saint-Germain-des-Prés de Paris  

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La page du site Internet Wikipédia décrivant l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés et son abbatiale est très documentée et nous en conseillons la lecture. Nous reproduisons ci-dessous des extraits de ce texte concernant principalement l’architecture de l'abbatiale jusqu’au XIIe siècle :

« La première église abbatiale est consacrée le 23 avril 558 à la Sainte-Croix et à Saint-Vincent de Saragosse. Cette basilique possédait des colonnes de marbre, un plafond et des fenêtres vitrées. [...] L'église est rebâtie par l'abbé Morard, à partir de la fin du Xe siècle. Les quatre premiers niveaux du clocher occidental, la nef et le transept de l'église actuelle remontent à cette époque, dans lesquels on peut notamment voir d'intéressants chapiteaux d'autour de l'an mil. Le chœur actuel est construit au milieu du XIIe siècle dans le style gothique primitif et consacré par le pape Alexandre III le 21 avril 1163. C'est l'un des premiers édifices gothiques, qui contribue à la diffusion de ce nouveau style et est de toute première importance sur le plan archéologique. [...] »

Un peu plus loin dans le texte : « En 756, en présence de Pépin le Bref et de son fils Charles, futur Charlemagne, le corps de saint Germain est transféré de la chapelle Saint-Symphorien dans l'église même, derrière l'autel principal, en raison de l'affluence des pèlerins qui venaient lui rendre hommage. [...] L'église est désormais uniquement connue sous le nom d'église Saint-Germain-des-Prés. Ornée d'un sol en mosaïque, de hautes colonnes de marbre supportant des arcades, de peintures à fond d'or sur les murs, son toit revêtu de cuivre doré répand une lumière dorée, ce qui lui vaut d'être longtemps appelée "Saint-Germain-le-doré". [...] Mais en 861, un incendie détruit l’abbatiale. Restaurée en 869, elle est à nouveau occupée par ceux-ci (les Normands) lors du siège de Paris (885-887), dont le déroulement nous est connu par le récit qu'en fit un moine de l'abbaye, Abbon de Saint-Germain-des-Près. Les bâtiments sont pillés, saccagés, puis brûlés, marquant la destruction de l'œuvre de Childebert. Les reliques de Saint-Germain, mises plusieurs fois à l'abri des murailles de Paris, retrouvent leur place en 888. [...]

L'abbé Morard (990-1014) rebâtit l'église et sa tour vers l’an mil : cette dernière était expressément mentionnée dans son épitaphe, conservée dans l'église actuelle, mais la datation des chapiteaux de la nef est contestée. En même temps que le clocher-porche terminé en 1014, deux tours encadrent le chevet : elles sont quasiment détruites au XIXe siècle.

Les études dendrochronologiques de la charpente de la nef ont donné une date d'abattage des bois comprise entre 1018 et 1038. Cette période de construction de la nef est confirmée en rapprochant sa réalisation d'ensembles sculptés comme la tour-porche de l’abbatiale de Saint-Benoit-sur-Loire. Cette construction a dû être largement commanditée par Robert II le Pieux. Cette construction royale s'est traduite par l'usage de la pierre de taille, encore rare à l'époque, et par l'utilisation de certains thèmes mythologiques pour les chapiteaux, comme Hercule et la biche de Cérynie, qui relève d'une culture savante encore courante dans le milieu monastique du XIe siècle. D'autres chapiteaux renvoient aux débats théologiques de cette période. [...]

Au XIIe siècle, le chœur de l'abbatiale est démoli et remplacé par un sanctuaire gothique à déambulatoire et chapelles rayonnantes. Il est dédicacé le 21 avril 1163 en présence du pape Alexandre III et de nombreuses personnalités. »


Commentaires sur cette partie de texte

Comme nous l’avons écrit précédemment, l’ensemble du texte fourmille de détails intéressants. Nous devons néanmoins faire quelques observations.

Tout d’abord, nous ne sommes pas certains que, parmi les informations données, toutes l’aient été dans leur exactitude. En effet, il arrive parfois que certaines informations aient été relevées au XIXe siècle à partir de documents qui, depuis, ont été perdus. Il y a aussi parfois des erreurs de traduction. Ainsi, on nous dit ci-dessus que le sanctuaire a été « dédicacé ». Ne serait-ce pas plutôt « consacré » ? Nous estimons en effet que la dédicace et la consécration pouvaient avoir des significations différentes.

Mais en dehors de cela, nous remarquons des affirmations définitives qui constituent autant d'« a priori » : « en 861, un incendie détruit l’abbatiale. », « lors du siège de Paris (885-887) ... Les bâtiments sont pillés, saccagés, puis brûlés, marquant la destruction de l'œuvre de Childebert ». C’est une constatation que nous faisons régulièrement en ce qui concerne les monuments du premier millénaire. Alors qu'actuellement, la plupart des bâtiments incendiés peuvent être remis en état (exemple récent : Notre-Dame de Paris), les monuments incendiés antérieurs à l’an mille sont automatiquement détruits. Ici, il est même détruit deux fois coup sur coup, en 861 et en 886. Et, malgré ce, il peut accueillir les reliques de Saint Germain deux ans plus tard, en 888.

Nous constatons aussi un défaut de logique. Nous étions restés sur la destruction de 886. Nous apprenons que « l'abbé Morard (990-1014) rebâtit l'église et sa tour vers l’an mil ». On déduit que pendant plus de 100 ans, entre les années 886 et 1000, les moines de Saint-Germain n’ont pas eu d’église : ce n’est pas très logique.

Dernière remarque : « Cette construction royale (effectuée aux alentours de l’an mil) » s'est traduite par l'usage de la pierre de taille, encore rare à l'époque, ». Cette affirmation est contraire au témoignage émerveillé de Raoul Glaber : peu après l’an mil, le sol de France se couvrit de blanches églises. Si elles étaient blanches, c’est parce qu’elles avaient été construites en pierre de taille.


Le texte nous donne cependant des informations importantes : « L'abbé Morard (990-1014) rebâtit l'église et sa tour vers l’an mil : cette dernière était expressément mentionnée dans son épitaphe. » ; « Les études dendrochronologiques de la charpente de la nef ont donné une date d'abattage des bois comprise entre 1018 et 1038. ». Les deux datations qui nous sont proposées : les environs de l’an 1000 et les environs de l’an 1028 ne sont pas tout à fait incompatibles surtout si l’on envisage que l’abbé Morand a pu initier le projet peu avant sa mort en 1014 et que le projet a été achevé par la pose du toit vers l’an 1020. Nous pensons en effet que la construction d’un bâtiment se fait en un très petit nombre d’années (en moyenne sept à huit ans, maximum vingt ans). Et ceci, quelles que soient les périodes temporelles. Car l’initiateur du projet de construction veut assister à son inauguration. Par la suite, il peut y avoir d’autres constructions (c’est le cas ici avec le chevet refait au XIIe siècle). Mais ces autres constructions font partie d’un autre projet conduit par un décideur différent.


Les éléments caractéristiques de la nef

C’est une nef à trois vaisseaux. Le vaisseau principal est porté prr des piliers de type R1111 et des arcs en plein cintre à un seul rouleau. Ce vaisseau principal est surhaussé par rapport aux collatéraux. La surélévation est importante et elle a permis le percement de grandes baies supérieures (image 6).

Il est possible qu’à l’origine les piliers aient été de type R1010, c’est à dire à section rectangulaire avec des colonnes semi-cylindriques engagées côtés Est et Ouest. Des colonnes semi-cylindriques côtés vaisseau central et collatéraux auraient été adossées aux piliers ultérieurement afin de pouvoir supporter les arcs-doubleaux porteurs des voûtes. Cependant, nous ne pensons pas que ce soit le cas : les chapiteaux supérieurs semblent être de même style que les chapiteaux inférieurs (images 6 et 8). Par contre, nous estimons que, primitivement, les trois vaisseaux de nef n’étaient pas voûtés en croisées d’ogives. Pour nous, en effet, la croisée d’ogives, qui agit comme un raidisseur des structures à section rectangulaire, est l’invention majeure de l’art gothique. Elle ne serait apparue que vers la fin du XIIe siècle (la cathédrale de Béziers incendiée en 1209 mais qui a gardé des restes importants des périodes antérieures romanes est un témoin privilégié). En conséquence, nous pensons qu'à l’origine, la nef devait être charpentée. Il est possible que les structures transversales de charpente de comble (entraits arbalétriers et poinçons) aient été dès l’origine remplacées par des grands arcs en plein cintre. L’ensemble des aménagements de cette nef pourrait donc correspondre à une datation de la première moitié du XIe siècle.


Les diverses dorures apportées aux chapiteaux de la nef les ont selon nous enlaidis (images 10 à 13). Il faudrait faire un recensement exhaustif de l’ensemble de ces chapiteaux et éventuellement le comparer à un autre ensemble pour pouvoir identifier les thèmes qu’ils véhiculent. Pour le moment, nous sommes incapables de les interpréter correctement. Si, sur le chapiteau de l'image 10, les personnages semblent inspirés de religions païennes, pour ceux des images 11, 12 et 13, on est en présence de représentations chrétiennes (saints auréolés).

Le chapiteau de l'image 14 (Daniel et les lions), de facture archaïque, pourrait provenir d’une église antérieure.

Celui de l'image 15, un peu plus récent, semble dater du Xe ou XIe siècle.


Datation envisagée pour l’abbatiale Saint-Germain-des-Prés de Paris : an 1025 avec un écart de 50 ans.