L’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Château-Landon
La page du site Internet Wikipédia décrivant la ville de
Château-Landon nous apprend ceci (extraits) :
« Histoire (Moyen-Âge)
En 506, en revenant de Lutèce où il était allé guérir le
roi Clovis, Saint Séverin y meurt. Sur son lit de mort,
Clovis ordonne à son fils Childebert Ier de
faire construire une belle église là où saint Séverin est
mort. Childebert s'exécute, et dote la nouvelle église de
propriétés.
Childebert Ier, roi de Metz, frère de
Childéric Ier, y fait bâtir une grande abbaye
qui prend le nom de Saint-Séverin ; il dote également
l'église en biens et en riches revenus.
Sous Charlemagne, les Saxons incendient une partie de
l'église ; mais Charlemagne les ayant expulsés du royaume,
il fait revenir une partie des religieux qui en avaient
été éloignés.
La dynastie des Plantagenêt est née à Château-Landon en
1043 avec Foulque IV d’Anjou, dit le Réchin, petit-fils du
comte d'Anjou. La ville appartient au “pagus
Wastinensis” (nom
latin du Gâtinais = pays de Gâtines) dont
Château-Landon sera la capitale.
En 1068, le Gâtinais entre dans le domaine royal. Devenant
prévôté royale du baillage de Sens, puis de Nemours, la
ville prospère au Moyen-Âge. Il s'y déroule d'importants
foires et marchés. Château-Landon fait partie des 17
villes “drapantes” de France. »
Commentaires de ce texte
Tout d’abord, nous n’avons pas lu sur Internet de
renseignement concernant l’église Notre-Dame-de-l’Assomption
de Château-Landon. Il existe une page de Wikipédia sur cette
église ainsi que sur l’abbaye Saint-Séverin, mais ces pages
ne sont pas alimentées en ce qui concerne l’histoire et
l’architecture de ces édifices.
Émettons ici l’hypothèse suivante. Il est possible qu'au
cours du premier millénaire cette église ait été une
cathédrale, c’est-à-dire l’édifice dans laquelle se trouve
le siège d’un évêque. En effet, beaucoup de cathédrales sont
dédiées à Notre-Dame-de-l’Assomption. Cela viendrait du fait
que les évêques sont successeurs des apôtres envoyés
évangéliser le monde par la Vierge Marie au moment de son
Assomption.
Analyse
de l’architecture de l’édifice
Le chevet (image 3)
est constitué de trois absides semi-circulaires accolées. Il
faut comprendre que le plan de ce chevet est un plan
archaïque. Nous estimons qu’il y a eu une évolution du plan
des grandes églises. À l’origine, le plan général devait
être rectangulaire. À l’intérieur, l’église était partagée
en deux ou trois parties : une nef à 3 vaisseaux et une
abside semi-circulaire non visible de l’extérieur pour deux
parties ; une nef à 3 vaisseaux et deux absides opposées
semi-circulaires non visibles de l’extérieur pour trois
parties. Par la suite, au cours de la seconde moitié du
premier millénaire, le plan a été celui d’une nef basilicale
à trois vaisseaux avec un chevet à trois absides
semi-circulaires en prolongement des vaisseaux (donc
accolées) visibles de l’extérieur. Ce plan, fréquent dans
les églises de France, a pu être utilisé pendant plusieurs
siècles. C’est le plan de chevet que l’on a sur l'image
3 (plan au sol car il est fort possible que les
parties supérieures aient été modifiées au cours du temps :
c’est d’ailleurs le cas).
Par la suite, les bâtisseurs ont voulu donner de
l’importance à la partie presbytérale. On aurait d’abord
construit un avant-chœur précédant l’abside principale.
Celle-ci apparaît sur le plan en avancée par rapport aux
absidioles. Pour les églises anciennes, on aurait aménagé la
partie la plus proche du chœur, faisant ainsi une amorce de
transept. Le transept aurait été inventé plus tard pour les
églises nouvelles. Les absidioles, qui auparavant été
accolées à l’abside principale, ont été détachées de
celle-ci et greffées sur le transept. L’étape suivante a été
la création du chevet à déambulatoire. Après cela, on aurait
ajouté à ce chevet à déambulatoire des chapelles
rayonnantes. Il faut bien comprendre que, si le chevet de
cette église avait été entièrement construit à l’époque
romane ou à l’époque gothique, il n’aurait pas ce plan. Il
faut donc envisager que ce chevet est installé sur des bases
préromanes.
Nous venons de dire que les bâtisseurs auraient pu aménager,
dans le cas d’églises anciennes, un espace presbytéral dans
une ou deux travées les plus proches du chœur. C’est ce qui
se serait passé ici. On aurait construit de part et d’autre
de la nef les croisillons d’un transept, côté Nord (image
1) et côté Sud (image
4). Les portails des entrées Nord (image
3) et Sud (image
5) sont typiquement romans (an 1100 avec un écart
de 50 ans).
L'image 6 de la
nef, côté Nord, fait apparaître la vue classique d’une
basilique directement issue des premières basiliques
romaines (à nef à trois vaisseaux avec un vaisseau principal
surhaussé par rapport aux collatéraux ; des fenêtres
supérieures disposées régulièrement correspondant aux
travées de nef).
A priori, la façade occidentale (image
7) semble contemporaine des façades des croisillons
du transept (images 1 et 4).
On observe cependant une différence importante au niveau du
portail (image 8).
Ce portail est protégé par un linteau en bâtière. Nous
estimons que les linteaux en bâtière ont précédé les
linteaux droits. Il y a eu une évolution dans la
construction du portail roman. Dans un premier temps, la
lunette, espace situé entre le linteau et l’arc supérieur
devait être vide. On l’a comblée comme ici d’une sorte de
marquèterie de pierres. Ce ne serait que plus tard que l’on
aurait décidé d’occuper cette surface par un décor peint
(fresque) ou sculpté (tympan).
L’imposte ou corbeau (image
9) qui supporte l’archivolte de ce portail porte un
décor géométrique dégradé. Les claveaux de cette archivolte
portent le même décor géométrique. L’ensemble apparaît
archaïque.
Les images
suivantes de 10 à 15 présentent
l’intérieur de la nef. Si la partie Sud apparaît entièrement
gothique (images 10, 11 et
14), il n’en est pas de même de la partie Nord.
C’est le reste de l’ancienne nef qui était entièrement
charpentée. Le vaisseau central était porté par des piliers
rectangulaires de type
R0000 et des arcs en plein cintre par
l’intermédiaire d’impostes à chanfrein tourné uniquement
vers l’intrados des arcs.
On remarque que, côté intérieur, le portail Ouest reproduit
le même modèle (linteau en bâtière, marquèterie de pierre de
la lunette) que le côté extérieur (image
12).
Datation
envisagée pour l’église Notre-Dame-de-l’Assomption
de Château-Landon : an 900 avec un écart de 125 ans.