Cryptes de l’abbatiale Notre-Dame de Jouarre  

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Nous n’avons pas visité ce monument : le texte et les images de cette page sont issus d’Internet.

La page du site Internet Wikipédia décrivant cette église nous apprend ceci (extraits) :

« Les cryptes de Jouarre sont des mausolées pour les fondateurs de l’abbaye Notre-Dame de Jouarre. La crypte Saint-Paul est un mausolée collectif pour des membres de la famille fondatrice de l'abbaye, ainsi que sainte Osanne, tandis que la crypte Saint-Ébrégésile était réservée à la dépouille du saint éponyme, évêque de Meaux vers la fin du VIIe siècle.

La construction des cryptes remonte en effet au VIIe siècle, mais elles ont connu de nombreuses évolutions et remaniements qui rendent leur lecture difficile. Si les colonnes en marbre noir proviennent de constructions démantelées plus anciennes, les chapiteaux sont en partie mérovingiens, et en parte romans, et les voûtes sont romanes.


La première crypte, la plus grande, se situe au nord, et dispose d'une entrée côté ouest ; la deuxième crypte, moitié plus petite, lui est contiguë au sud. La crypte Saint-Ébrégésile était ouverte, à l'ouest, sur l'église funéraire Saint-Paul, qui s'étendait jusqu'au chevet de l'église paroissiale. Détruite lors de la guerre de Cent Ans, ses dernières traces en élévation ont été supprimées lors de l'alignement des murs occidentaux des deux cryptes au XVIIIe siècle.

Historique

L‘abbaye Notre-Dame de Jouarre est fondée vers 630 ou 635 parAdon, en tant qu'abbaye double, avec donc la particularité de réunir sous une même autorité une communauté d'hommes et une communauté de femmes.
[...]

C'est vers 680 qu'Agilbert, évêque de Paris, fait construire une crypte à l'est de la basilique funéraire pour y abriter les tombeaux d'Adon et de sa famille. Ébrégisile, évêque de Meaux au tournant du VIIe et VIIIe siècles, ne souhaitant pas être inhumé avec les autres illustres défunts, décide de faire construire de son vivant sa propre crypte au sud de la première. [...].

Beaucoup plus imposant au Moyen Âge, l'ensemble est partiellement incendié pendant la Guerre de Cent Ans, aboutissant à la destruction de l'église Saint-Paul.

Les nombreuses modifications apportées à la crypte Saint-Paul (agrandissements, destructions, réfections) s'y sont succédé, et rendent difficile une lecture claire de l'histoire de cette crypte. Les observations du début des années 2000 ont conduit archéologues et historiens à proposer des thèses contradictoires sur la chronologie de la construction des cryptes, que seules de nouvelles études permettraient de confronter et d'affiner.

Description


L'ensemble se compose de deux cryptes juxtaposées, l'une au nord appelée crypte Saint-Paul, l'autre, contiguë au sud à la précédente, dédiée à saint Ébrégésile. La crypte Saint-Paul avait été aménagée à l'Est du chevet de l'église du même vocable. [...]

Crypte Saint Paul

Divisée en douze travées par deux rangées de trois fûts de colonnes gallo-romaines de remploi en marbres de différente provenance, surmontées de chapiteaux sculptés et abaques en marbre blanc des Pyrénées datant de la construction de la crypte au VIIe siècle qui supportent des voûtes d’arêtes romanes ou postérieures. Le mur occidental est réalisé en opus reticulatum (appareil en filet) qui donne des motifs géométriques : du haut vers le bas, des octogones alternant avec des petits losanges, des losanges plus grands et des carrés. Ce mur, daté du IXe siècle et qui ne fait pas partie des aménagements initiaux de la crypte, présente un aspect qui le rapproche de certaines églises de la basse vallée de la Loire mais surtout de la Torhalle de Lorsch, qui pourrait avoir servi de modèle à cet ensemble.

Crypte de Saint Ébrégésile

Construite au sud de la crypte Saint-Paul à laquelle elle fut reliée par un passage en 1634/1636, elle fut construite pour y accueillir le seul tombeau d'Ébrégisile. En dehors du plan et des murs est et sud, quelques colonnes semblent être les seuls vestiges de la construction d'origine, profondément remaniée au second quart du XIe siècle (voûtement d’arêtes) et XIIe siècle (reprises en sous-œuvre). [...] »


Commentaires sur le texte ci-dessus

Avant de passer à l’analyse de l’architecture de l’édifice, nous effectuons la remarque suivante : ce monastère est un monastère double (hommes et femmes) … mais pas forcément mixte. Ces monastères n’étaient pas rares durant le premier millénaire. Il étaient souvent dirigés par des femmes. Ils ont en général fondés par des princes. Nous pensons qu’il pourrait y avoir une explication à cette « anomalie ». La première d’entre elles est que les monastères disposaient d’une immunité semblable à notre immunité diplomatique : en cas de conflit avec son suzerain, le vassal pouvait s’y réfugier, se faire moine et pratiquer la tonsure. Mais il arrivait que, une fois les cheveux repoussés, le vassal reprenne la bataille avec son suzerain. Mettre une femme à la tête du monastère pouvait peut-être éviter cela.

Il existe une autre explication : aux alentours du VIIe siècle, on aurait commencé à interdire l’ensevelissement dans les églises de simples particuliers, réservant ces inhumations aux personnages reconnus comme étant des saints. Mais cette interdiction ne concernait que les églises dépendant d’un diocèse. Elle ne concernait pas les abbayes fondées par des princes qui avaient possibilité de se faire enterrer dans leurs abbatiales (de Saint-Denis à Fontevrault, les exemples sont multiples). C’était vrai pour les princes … et aussi les princesses.


Étude de l’architecture des cryptes

Bien avant d’aborder son étude, nous étions au courant de l’importance qui leur était attachée. L'abbatiale de Jouarre faisait partie de la trentaine d’édifices d’Europe attribués au Haut Moyen-Âge par la plupart des historiens de cette période. Nous estimons ce nombre à plus d’un millier.

Nous avons été déçus par les images de ces deux cryptes. Il faut dire que, presque dès le début de notre recherche, nous avions envisagé que, contrairement à l’idée généralement admise, les cryptes ne sont pas antérieures mais postérieures aux églises qui les surmontent. Les cryptes auraient été créées à l’intérieur des églises soit, en surcreusant le sous-sol de l’église, soit en posant dans l’église un plancher intermédiaire séparant l’église en deux parties : la partie haute pour le culte des vivants, la partie basse (la crypte) pour le culte des saints. Les historiens de l’art ont pu être influencés par le fait que, très souvent, les éléments porteurs des voûtes de la crypte (piliers et chapiteaux) sont archaïques (c’est peut-être le cas de celui de l'image 7). Mais comme il est écrit ci-dessus, ces éléments ont pu être utilisés en réemploi. Il faut comprendre qu’une crypte est un endroit très sombre et le décor des piliers ou des chapiteaux, s’il existe, est très peu visible. Ce décor n’a donc que peu d’importance et on peut utiliser des pièces hétéroclites de récupération. Remarque : si les supports sont en général hétéroclites, les voûtes sont, quant à elles, très bien appareillées.

Image 5 : Nous avons eu quelque difficultés à comprendre ce plan. La crypte Saint-Paul serait le bâtiment de droite. C’est dans cette crypte que se trouveraient la plupart des sarcophages. Cette crypte serait la partie Ouest de la basilique primitive. Cette basilique devait avoir deux absides, une à l’Ouest (sur le plan), l’autre à l’Est (peut-être sous la basilique actuelle (nous n’avons pas de plan de celle-ci). Probablement, cette église Saint Paul était à plan basilical avec deux absides opposées comme on le voit dans certains vestiges de basiliques du Maghreb datées du Ve ou VIe siècle. Ces églises n’ont pas de crypte mais les sols des absides sont surélevés et on y a enterré des sarcophages. Ce sont surtout les absides situées à l’Ouest qui contiennent des sarcophages. L’idée que l’on retrouve dans les basiliques impériales d’Allemagne (aux alentours de l’an mille) est que l’abside située à l’Est est réservée au culte divin et la contre-abside, située à l’Ouest, fait partie du domaine temporel (trône du prince, mausolée royal, cour de justice).

Image 6 : Nous avons étudié sur notre site la Torhalle de Lorsch. Mais pas son appareil réticulé. Nous pensons que ce type d’appareil décorant les murs de motifs géométriques est de peu antérieur à l’an mille. Nous le retrouvons, ne serait-ce que dans la page précédente, sur la lunette du portail de la façade Ouest, et dans plusieurs autres lunettes de portails. Nous le retrouvons aussi dans le décor des murailles du Mans.

Image 8 : Tétramorphe du sarcophage de Saint Agilbert. Nous n’avons aucune information sur ce sarcophage. Est-ce d’ailleurs celui dans lequel a été placé la dépouille de Saint Agilbert aux alentours de l’an 680 ? Il arrivait en effet fréquemment que les reliques d’un saint soient ultérieurement placées dans un sarcophage ou un reliquaire plus beau que le sarcophage initial. Cette représentation nous pose question. Nous pensons (sans certitude avérée) que la représentation du tétramorphe avec les quatre figures (homme, aigle, taureau, lion) entourant un mandorle a été conçue après l’an 800 à partir des commentaires de l’Apocalypse de Beatus de Liebana. Dans le cas présent, la représentation des quatre « Vivants » tenant chacun son Livre nous semble encore d’une plus grande maturité de réflexion et donc plus tardive. Inversement, le visage imberbe du Christ (à moins que ce soit la Dame de l’Apocalypse) et sa tête entourée, non d’une auréole, mais d’une conque, nous semble relever d’une plus haute antiquité.

Image 9 : Nous n’avons aucune information sur ce sarcophage qui semble de facture archaïque : des personnages aux bras levés qui pourraient être des orants entourent un autre personnage assis sur un trône. À l’extrême gauche : un centaure.


Datation envisagée pour les cryptes de l’abbatiale Notre-Dame de Jouarre : an 1100 avec un écart de 50 ans.