Saint-Denis : Histoire de l’abbatiale Saint-Denis et son trésor 

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Nous n’avons pas visité cette abbatiale. Les images ci-après sont extraites de galeries d’Internet.

Dans un premier temps, après avoir analysé les nombreuses images de cette abbatiale, nous avons estimé que nous ne pouvions insérer son étude sur une page de notre site. Sur toutes les images, l’église apparaissait gothique et donc postérieure à l‘an mille. Certes, nous avons consacré une page sur notre site à une église gothique, la cathédrale de Noyon, mais c’était dans un but de comparaison des architectures dans la perspective d’une datation globale.

Nous avons cependant voulu écrire une page sur le Trésor de Saint-Denis qui contient des pièces datées du premier millénaire.

C’est en consultant la page de Wikipédia décrivant cette basilique que nous avons réalisé que l’histoire de cette église pouvait être riche en renseignements sur la période que nous étudions, le premier millénaire.

Voici donc des extraits de cette histoire tirés de la page du site Internet Wikipédia :

« Historique

Dès le Bas-Empire romain, une nécropole gallo-romaine est attestée sur le site de Saint-Denis par différentes campagnes archéologiques. Selon une tradition peu solide, Denis, saint légendaire, aurait été martyrisé sur l'emplacement de l'actuelle église Saint-Denys de la Chapelle.
[...] D'après la Vie de Sainte Geneviève (source hagiographique rédigée vers 520 et qu'il faut manier avec précaution), la sainte patronne de Paris ayant visité le tombeau du martyr (Saint Denis), aurait trouvé qu'il était indigne d'un personnage aussi glorieux. Sainte Geneviève obtient du clergé parisien d'acheter des terres sur le “vicus Catulliacus” et y fait édifier une chapelle gallo-romaine entre 450 et 475.

Ces traditions incertaines sont reprises dans la Légende dorée de Jacques de Voragine qui popularise le mythe de saint Denis céphalophore qui, après sa décollation, se serait relevé et aurait marché, la tête dans les mains, jusqu'au lieu où il voulait être enterré, dans le cimetière gallo-romain de Catolacus qu'aurait retrouvé sainte Geneviève. Quoi qu'il en soit, il reste difficile pour la recherche actuelle de démêler la vérité historique et les traditions légendaires.


Un premier agrandissement de la chapelle dans le cimetière gallo-romain de Catolacus apporte une prolongation de 11 mètres à l'ouest. Alors que Michel Fleury le situait entre 540 et 550, soit sous le règne de Childebert Ier, Patrick Périn l'a récemment estimé aux années 451–459, proposant d'y reconnaître la chapelle de sainte Geneviève.

De fait, le lieu a à cette époque un grand prestige comme en témoigne la découverte en 1959 du sarcophage de la reine Arégonde, 3e épouse de Clotaire Ier et bru de Clovis, morte entre 572 et 583, première personne royale qui y est enterrée. La pratique de l'inhumation ad sanctos (« près des Saints ») inaugurée par Clovis a donc été rapidement imitée par l'aristocratie. Le développement d'une vaste nécropole ad sanctos sur au moins 8 000 m2 au nord du sanctuaire est la conséquence la plus directe de la promotion du culte de Denis.

Les Gesta Dagoberti, rédigés autour de 835 [...] embellissent la tradition selon laquelle le roi des Francs aurait fait transférer leurs reliques vers la basilique actuelle et aurait fondé un monastère bénédictin. Il y aurait fait placer vers l'an 630 les corps des trois martyrs mais il est plus vraisemblable que leurs corps aient été déplacés sous les règnes précédents, voire qu'ils aient toujours été à cet emplacement.

Selon Dom Doublet, auteur de l'Histoire de l'abbaye de Saint-Denys en France, la construction de la nouvelle chapelle aurait débuté en 632 et la dédicace le 24 février 636. Dagobert est le premier rois des Francs à être inhumé en l'église de Saint-Denis. [...]

Il semble qu'à l'occasion de son second sacre à Saint-Denis, en 754, Pépin le Bref fasse vœu de bâtir à neuf l'antique basilique. L'abbé Fulrad, en tant que représentant de Pépin, a effectué plusieurs voyages à Rome d'où il tire son inspiration pour reconstruire Saint-Denis, notamment en prenant comme modèles les basiliques romaines de Saint-Pierre-aux-Liens et Saint-Paul-hors-les-Murs. Les travaux ne débutent qu'après sa mort, vers 768–769, et la consécration a lieu en présence de Charlemagne le 24 février 775. Cette nouvelle église, toujours dédiée à saint Pierre, longue de près de 80 mètres, est de plan basilical à trois nefs. Elle comprend un transept faiblement débordant et ouvrant à l'Est sur une abside semi-circulaire. La nef présente deux files de colonnes, neuf travées et mesure intérieurement 20.70 mètres de large. Certains fûts de colonnes torsadées sont prélevés dans des monuments antiques d’Italie, notamment plusieurs fragments de marbre de Synnada (Anatolie). Sous l'abside, une crypte annulaire, bâtie à la manière de celles de Rome, permet aux pèlerins d'accéder à une confession dans laquelle sont exposées les reliques de saint Denis et de ses deux compagnons, l'archiprêtre saint Rustique et l'archidiacre saint Eleuthère. On peut encore voir dans la crypte actuelle les vestiges de ce corridor qui longeait l'intérieur de l'abside.

Vers 800, sont aménagés un baptistère dédié à Saint Jean-Baptiste ou à Saint Jean-le-Rod et une chapelle dédiée à la Vierge en 832 qui devient le caveau royal au XIXe siècle.

En 832, l'abbé Hilduin de Saint- Denis agrandit la crypte vers l'Est. Il fait édifier une chapelle à trois vaisseaux dédiée à la Sainte Vierge, à saint Jean et à tous les saints.  [...] De façon générale, le IXe siècle est marqué par de nombreux troubles causés par les raids des Vikings remontant par la Seine jusqu'à Paris et ses alentours. L'abbaye est dévastée par les Normands à la fin du IXe siècle. [...]

Seuls quelques colonnes et des chapiteaux de marbre, aujourd'hui dans la crypte de l’abside ou dans les magasins de l'église, subsistent des constructions de Dagobert et de Charlemagne.

Dans la première moitié du XIIe siècle, entre 1135 environ et 1144, l'abbé Suger [...] décide de la reconstruction de l'église avec une élévation importante et des baies qui laissent pénétrer la lumière. [...]

En 1135, il fait édifier un nouveau massif occidental, en s'inspirant de la façade harmonique, de style normand de l’âge roman comme celle de l’abbatiale Saint-Étienne de Caen. Il agrandit l’abbatiale en remaniant le narthex d'une façade dotée pour la première fois d'une rose et de trois portails de grandes dimensions. Dédicacée le 9 juin 1140, cette façade est flanquée de deux tours réunies par un parapet crénelé évoquant la Jérusalem céleste.


Il modifie aussi le chœur en lui ajoutant des chapelles rayonnantes. Reprenant le principe du déambulatoire à chapelles rayonnantes mais en le doublant, Suger innove en prenant le parti de juxtaposer les chapelles autrefois isolées en les séparant par un simple contrefort. Chacune des chapelles comporte de vastes baies jumelles munies de vitraux filtrant la lumière. La voûte adopte la technique de la croisée d’ogives qui permet de mieux répartir les forces vers les piliers. Toujours par les soins de Suger, qui surveille lui-même l'extraction des pierres, le choix des bois de charpente et la confection des vitraux, l'autel reçoit une décoration en laques d'or historiées. [...]
Une double dédicace a lieu en 1140 et en 1144 ; le chevet est consacré le 11 juin 1144. L'église inaugure le francigenum opus, appelé plus tard l’art gothique. Dans la deuxième moitié du siècle, des tours sont ajoutées sur la façade ; la tour sud existe jusqu'à aujourd'hui. »


Commentaires sur ce texte

Doutes et certitudes

Les doutes se manifestent par des expressions telles que « Selon une tradition peu solide, ... », « source hagiographique ... qu'il faut manier avec précaution ».

Les certitudes, quant à elles, se manifestent par des affirmations péremptoires telles que « Dans la première moitié du XIIe siècle, entre 1135 environ et 1144, l'abbé Suger. décide de la reconstruction de l'église ... » ou « En 1135, il fait édifier un nouveau massif occidental, ... ».

Il est tout à fait normal que l’on puisse exprimer des doutes sur la véracité d’événements révélés par des textes hagiographiques. Ainsi la légende de saint Denis, décapité, portant sa tête, apparaît totalement irréaliste pour bon nombre d’entre nous. Nous avons cependant écrit que les légendes de saints céphalophores pourraient avoir une explication tout à fait réaliste (procession analogue à celle des vêpres : le célébrant, la tête voilée, porte solennellement un objet qui pourrait être la tête en marbre d’un empereur romain. La scène est rapportée par un homme qui certifie avoir vu, étant enfant, le saint portant sa propre tête).

Nos esprits cartésiens ont tendance à rejeter la totalité des textes, hagiographiques ou non, qui nous apparaissent remplis d’incohérences. À l’inverse, les historiens du Moyen-Âge semblent avoir accepté d’emblée les textes apparemment cohérents. Pourtant ces textes, souvent non confrontés à d’autres sources, peuvent ne pas être totalement objectifs. Il en est ainsi, par exemple, des textes relatifs à l’activité de l’abbé Suger, une activité tellement multiforme qu’elle apparaît peu crédible.


Texte qui manque un peu de clarté...

Nous venons de dire qu’une grande partie du texte de Wikipédia était exprimé sur le ton de la certitude mais nous ne savons pas sur quels arguments ou preuves est basée cette certitude. Nous pensons à deux types de « sources » : les textes anciens et les fouilles archéologiques.

Ainsi des assertions telles que, « Dans la première moitié du XIIe siècle, entre 1135 environ et 1144, l'abbé Suger [...] décide de la reconstruction de l'église » s’inspireraient de textes anciens relatifs aux activités de l’abbé Suger. À l’inverse, une affirmation telle que, « Cette nouvelle église, toujours dédiée à saint Pierre, longue de près de 80 mètres, est de plan basilical à trois nefs.. Elle comprend un transept faiblement débordant et ouvrant à l'est sur une abside semi-circulaire. », est probablement issue de résultats de fouilles archéologiques. Il nous semble en effet très peu probable qu’un texte ancien ait cru bon de préciser qu’un transept était « faiblement débordant ».

… mais susceptible d’apporter des renseignements importants sur les datations

Ces observations mises de côté, nous devons constater que les renseignements apportés pourraient se révéler très importants pour les évaluations de datation. Donnons ici deux exemples. Mais il en existe probablement d’autres.

– Concernant les phrases, « Cette nouvelle église ... est de plan basilical à trois nefs. Elle comprend un transept faiblement débordant et ouvrant à l'Est sur une abside semi-circulaire. ». L’existence d’un transept « faiblement débordant » fait immédiatement penser à l’église Sainte-Madeleine de Béziers où il existe un transept bas et très peu débordant. À la Madeleine de Béziers, si le transept est bas, c’est parce qu’il a été construit sur chacun des deux collatéraux d'une travée de nef. La datation qui est proposée pour ce type de construction, « Les travaux ne débutent qu'après sa mort, vers 768–769, et la consécration a lieu en présence de Charlemagne le 24 février 775 », pourrait donc servir, si elle se révèle exacte, pour la datation d’une étape de construction de Sainte-Madeleine de Béziers, mais aussi sans doute pour beaucoup d’autres édifices.

– Concernant les phrases, « Chacune des chapelles comporte de vastes baies jumelles munies de vitraux filtrant la lumière. La voûte adopte la technique de la croisée d’ogives qui permet de mieux répartir les forces vers les piliers. ». Il semblerait que cette technique de la croisée d’ogives concerne seulement les chapelles rayonnantes du chevet, chapelles de petites dimensions. La phrase suivante permettrait de dater cette opération : « Une double dédicace a lieu en 1140 et en 1144 ; le chevet est consacré le 11 juin 1144. ». Selon ce texte, la datation de 1140 pourrait donc correspondre à la date d’invention de la croisée d’ogives. Si elle était bien vérifiée (et en conformité avec l’invention), cette date constituerait un témoin privilégié. Nous estimons en effet que la principale invention de l’art gothique n’est pas l’arc brisé ou l’arc boutant mais la croisée d’ogives. Selon nous, l’intérêt principal de la croisée d’ogives n’est pas de « répartir les forces vers les piliers. », mais de constituer une sorte de raidisseur des structures à plan carré ou rectangulaire : dans une structure à plan carré, les forces tangentielles comme, par exemple, celles du vent, ont tendance à transformer le carré en parallélogramme, à aplatir le carré. Tout comme dans un échafaudage, l’installation d’un croisillon permet de rigidifier la structure, dans une tour carrée, la croisée d’ogives évite les déformations dues principalement au vent. C’est cette innovation qui, selon nous, aurait permis la construction, à l’époque gothique, de nefs ou de clochers de grande hauteur.

Jusqu’à présent, nous avions estimé à partir d’observations faites sur la cathédrale de Béziers, que cette innovation aurait pu se produire aux alentours de l’an 1200. La date de 1144 de fin de travaux remettrait tout en question : une cinquantaine d’années auparavant, soit un écart correspondant à celui de deux (voire trois) générations d’architectes. Cela fait quand même beaucoup ! Nous estimons en effet que lorsqu’il y a égalité de niveau de vie entre deux régions, les innovations en matière d’architecture se généralisent rapidement, en l’espace de quelques années.

Il nous paraît donc important qu’un réexamen de l’ensemble des données (textes anciens, relevés de fouilles, analyse du bâti actuel) concernant l’abbatiale Saint-Denis soit effectué afin d’établir une chronologie des constructions. Ce réexamen, nous ne pouvons le faire, d’une part parce que nous ne disposons pas de la documentation, d’autre part parce que nous voulons poursuivre notre analyse des monuments d’Europe (la liste d’attente n’est pas close).


Le trésor de l’abbatiale Saint-Denis

Il faut tout d’abord dire que la plus grande partie du trésor de l’abbatiale de Saint Denis ne se trouve pas à Saint Denis mais dans divers musées ou collections (Musée du Louvre, Cabinet des Médailles, …). Ce trésor qui était d’un grande importance a été dispersé, voire détruit, au moment de la Révolution Française : il ne resterait qu’une centaine de pièces sur plus de 450. Nous n’avons voulu présenter que les pièces datables du premier millénaire.

Image 1 : Sarcophage d’Arégonde, reine de France, troisième épouse de Clotaire Ieret bru de Clovis. Cette tombe découverte lors de fouilles archéologiques en 1959 est actuellement déposée dans la basilique Saint-Denis. Arégonde serait décédée entre 572 et 583. La sépulture n’ayant pas été ouverte jusqu’à sa découverte en 1959, on peut raisonnablement envisager que ce type très caractéristique de sarcophage à cuve trapézoïdale et couvercle bombé date de la seconde moitié du XIIe siècle.

Image 2 : Ensemble de la parure de la reine Arégonde (Cabinet des Médailles).

Image 3 : Voici le texte de Wikipédia associé à cette image : « Bague sigillaire portant un monogramme interprété comme “REGINE ARNEGUNDIS” (Reine Arnegonde). Or, Gaule mérovingienne, vers 570. Provient de la parure d'Arnegonde, femme de Clotaire Ier (511, 561). Découvert en 1959 dans une tombe à Saint-Denis. ».

Faisons quelques remarques. La première d’entre elles concerne le ton réservé de l’expression, « monogramme interprété comme ... ». Nous n’avons pas de compétence en la matière, mais nous remarquons qu’il peut y avoir, d’une part, une autre interprétation de ce monogramme et d’autre part, homonymie entre la princesse dont le corps a été déposé dans ce sarcophage et Arégonde, épouse de Clotaire Ier. Notons cependant que si cette princesse portait une bague sigillaire (bague-sceau), cela signifie qu’elle avait le pouvoir de signer de son sceau des documents officiels. C’était donc une personne importante.

Notons par ailleurs que, hormis la bague sigillaire, la parure de cette dame (image 2) n’est pas des plus impressionnantes. Ainsi, la nécropole de Bénazet dont des objets (plaques-boucle de ceinturon) sont déposés au musée archéologique Ardouin de Mazères (sur notre site) a révélé une richesse inattendue des tombes. Et pourtant, la nécropole de Bénazet est isolée en rase campagne. C’est une des surprises que nous avons eue lors de nos recherches ! L’importance de nécropoles « barbares » durant l’Antiquité tardive ou le Haut-Moyen-Âge. Ces nécropoles, comme celles de Bénazet, Montmajour ou Quarré-les-Tombes, sont souvent situées à l’écart des villes.

Dernière remarque concernant la phrase, « La pratique de l'inhumation ad sanctos (« près des Saints ») inaugurée par Clovis ». Il nous semble que l’on donne beaucoup d’importance à Clovis qui aurait inauguré cette pratique d’inhumation auprès des Saints. Enfin nous pensons que l’usage a été institué bien avant Clovis. D’ailleurs, s’il avait inauguré cette pratique, il se serait fait enterrer dans la nécropole de Saint-Denis. Or on ne sait toujours pas où se trouve la sépulture de Clovis. Et avec elle, celle de nombreux souverains dits « mérovingiens ».

Image 4 : Plaque-boucle et contre-plaque de ceinturon en argent, pâte de verre et grenat.

Image 5 : Paire de fibules en cloisonné provenant de la parure. Remarquer le décor de croix pattées.

Image 6 : Boucles d’oreille provenant de la parure d’Arnégonde.



Image 8. Texte associé à l’image capturée : « Élément de l’escrain de Charlemagne ; intaille antique en Aigue-marine représentant Julia Titi. Paris, département des monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque Nationale de France. »

Image 9. Texte associé à l’image capturée : « Patène de serpentine antique (à décor de dauphins) ; monture époque Charles le Chauve Paris, musée du Louvre. »

Image 10. Texte associé à l’image capturée : « Néron en Apollon ; améthyste. »

Image 11. Texte associé à l’image capturée : « Buste d’Auguste ; calcédoine cendrée. »

Image 14. Texte associé à l’image capturée : « Couverture de Codex : David dictant les psaumes. »

Image 17. Texte associé à l’image capturée : « Une des armoires du Trésor de Saint-Denis contenant une partie des Regalia ; gravure de Dom Felibien 1706. »



Datation envisagée
pour le trésor de l’abbatiale Saint-Denis (avec les objets de la parure d’Arégonde) : an 750 avec un écart de 100 ans.